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Histoire8 min
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Louis Delgrès, 1802, le refus

Pluton, dans le langage des astrologues, est la puissance des grandes transformations : la mort et la renaissance, la vérité qui éclate, la dignité qu'aucune force ne peut plier. Aucune histoire guadeloupéenne n'incarne mieux cette énergie que celle de Louis Delgrès et de ses compagnons, en mai 1802. Un homme qui, plutôt que de retourner à l'esclavage, a choisi de mourir libre. Laisse-moi te raconter, sans rien inventer, ce que les historiens savent de lui.

Un officier libre face au retour de l'esclavage

Louis Delgrès naît en 1766 à Saint-Pierre, en Martinique. Homme de couleur libre, il embrasse la carrière des armes et gravit les grades de l'armée française, jusqu'à devenir officier. Il croit aux idéaux de la Révolution, à cette liberté que la Convention avait proclamée en abolissant l'esclavage en 1794. Mais en 1802, Napoléon Bonaparte décide de rétablir l'esclavage dans les colonies. Une expédition militaire commandée par le général Richepance débarque en Guadeloupe pour imposer ce retour en arrière. Delgrès comprend vite ce qui se prépare. Refusant de trahir les siens et de redevenir un esclave en puissance, il choisit la résistance armée. C'est le début d'un affrontement inégal contre des troupes bien supérieures en nombre.

« À l'univers entier, le dernier cri de l'innocence et du désespoir »

Le 10 mai 1802, sachant l'issue militaire presque perdue, Delgrès fait afficher une proclamation restée célèbre, adressée « À l'univers entier » et sous-titrée « le dernier cri de l'innocence et du désespoir ». Ce texte n'appelle pas à la haine : il en appelle à la conscience du monde, à la fraternité, à la justice. C'est un cri d'homme qui veut que la postérité sache pourquoi il se bat. Ce document est l'un des grands textes de la lutte contre l'esclavage. Il dit la lucidité de Delgrès : il sait qu'il va probablement mourir, mais il tient à ce que le sens de son combat ne meure pas avec lui. Voilà l'énergie plutonienne dans toute sa force — transformer une défaite annoncée en une vérité que le temps ne pourra plus effacer.

Matouba, 28 mai 1802 : mourir libre

Après plusieurs jours de combats acharnés, Delgrès et ses compagnons se replient vers l'habitation Danglemont, à Matouba, sur les hauteurs de Saint-Claude, au pied de la Soufrière. Cernés, sans espoir de victoire, ils prennent une décision terrible et fidèle à leur devise « Vivre libre ou mourir » : le 28 mai 1802, ils font exploser leurs réserves de poudre, choisissant de périr plutôt que de se rendre et de retourner en esclavage. Ils étaient, dit-on, environ trois cents. Quelques semaines plus tard, Richepance rétablissait officiellement l'esclavage en Guadeloupe. Il faudra attendre 1848 pour son abolition définitive. Mais le geste de Matouba n'a jamais été oublié : il est devenu un symbole absolu de dignité. Aujourd'hui encore, le lieu porte cette mémoire, et Delgrès figure au Panthéon des grandes figures de la liberté.

Il y a des défaites qui valent mieux que des victoires. Delgrès et ses compagnons ont perdu la bataille, mais ils ont gagné quelque chose que nul général ne pouvait leur prendre : le droit de rester des hommes libres jusqu'au dernier souffle. C'est cela, la vraie leçon de Pluton — que la dignité, quand elle est totale, transforme même la mort en victoire. N'oublie jamais Matouba.

Sources

  • Fondation pour la mémoire de l'esclavage, Louis Delgrès, biographie, 2021.
  • Laurent Dubois, A Colony of Citizens: Revolution and Slave Emancipation in the French Caribbean, 1787-1804, University of North Carolina Press, 2004.
  • Frédéric Régent, Esclavage, métissage, liberté. La Révolution française en Guadeloupe, 1789-1802, Grasset, 2004.